Depuis avril 2026, des milliers de vols européens sont annulés ou retardés en raison d’une pénurie de kérosène liée aux tensions sur le détroit d’Ormuz. SAS, Lufthansa, Air France-KLM et plusieurs compagnies low-cost ont supprimé des liaisons entières. Si vous êtes concerné, votre droit à l’indemnisation forfaitaire (250 à 600 € selon le règlement européen CE 261/2004) dépend d’un point central : l’annulation est-elle qualifiée de circonstance extraordinaire ? Ce guide vous explique exactement vos droits, comment monter un dossier solide et obtenir au minimum un remboursement complet ou un réacheminement.
La pénurie de kérosène d’avril 2026 : ce qui se passe
La fermeture intermittente du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial, a créé une tension d’approvisionnement sur le carburant aviation en Europe. Les principaux hubs (Francfort, Roissy, Amsterdam, Copenhague) ont d’abord rationné, puis certaines compagnies ont préféré annuler des vols plutôt que d’embarquer sans réserve de déroutement.
SAS a annoncé avoir annulé environ 1 000 vols sur la période. Air France, KLM, Lufthansa, Ryanair et easyJet ont également communiqué sur des annulations isolées, principalement long-courrier. Plus de 200 000 passagers seraient concernés en Europe.
Vos droits selon le règlement CE 261/2004
Le règlement européen (CE) n° 261/2004 protège les passagers en cas d’annulation, de retard important ou de refus d’embarquement, pour tout vol :
- Au départ d’un aéroport situé dans l’Union européenne (peu importe la compagnie) ;
- À l’arrivée dans l’UE, opéré par une compagnie européenne.
Trois droits cumulables
- Droit au remboursement intégral du billet sous 7 jours, ou à un réacheminement vers la destination finale dans des conditions comparables, à la date de votre choix.
- Droit à la prise en charge : repas, boissons, deux appels téléphoniques, et si nécessaire hébergement à l’hôtel + transport, durant l’attente.
- Droit à une indemnité forfaitaire de 250 €, 400 € ou 600 € selon la distance, sauf circonstances extraordinaires.
Barème de l’indemnité forfaitaire
- 250 € pour les vols jusqu’à 1 500 km.
- 400 € pour les vols intra-UE de plus de 1 500 km, et tous les vols entre 1 500 et 3 500 km.
- 600 € pour les vols extracommunautaires de plus de 3 500 km.
L’indemnité s’applique à l’annulation sans préavis suffisant (moins de 14 jours), au retard de plus de 3 heures à l’arrivée, et au refus d’embarquement involontaire.
Pénurie de kérosène : circonstance extraordinaire ou non ?
C’est la question décisive. Si l’annulation est qualifiée de circonstance extraordinaire, la compagnie est exonérée de l’indemnité forfaitaire — elle reste seulement tenue au remboursement et à l’assistance.
La position de la Commission européenne
La Commission a confirmé que les annulations directement causées par une rupture imprévisible d’approvisionnement en kérosène, hors de toute maîtrise de la compagnie, constituent en principe des circonstances extraordinaires. Les passagers ne pourront donc pas réclamer l’indemnité forfaitaire pour ces vols-là.
Les exceptions qui rouvrent le droit à indemnisation
Le débat juridique est plus subtil qu’il n’y paraît. Plusieurs scénarios maintiennent ou rouvrent votre droit à l’indemnité :
- L’annulation pour raisons financières ou organisationnelles (taux de remplissage trop faible, regroupement d’avions sur d’autres lignes plus rentables, manque de personnel) reste pleinement indemnisable.
- La compagnie n’a pas pris toutes les mesures raisonnables pour s’approvisionner ailleurs ou réacheminer le passager rapidement.
- Le défaut technique préexistant à l’avion concerné, sans rapport direct avec la pénurie de kérosène.
- Les difficultés d’approvisionnement habituelles de la compagnie sur le hub concerné, prévisibles et donc « inhérentes à l’exercice normal ».
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a précisé à plusieurs reprises que la charge de la preuve incombe à la compagnie : c’est à elle de démontrer que l’événement était à la fois imprévisible, irrésistible et extérieur à son activité.
Étape par étape : que faire à l’aéroport et après
1. Sur place, exigez une attestation écrite
Demandez à la compagnie une attestation d’annulation indiquant le motif précis. C’est ce document qui vous permettra ensuite de contester si l’invocation de la « circonstance extraordinaire » paraît abusive.
2. Choisissez : remboursement ou réacheminement
- Remboursement intégral sous 7 jours par le moyen de paiement initial.
- Réacheminement le plus rapidement possible vers la destination finale (même via une autre compagnie, à la charge du transporteur initial).
- Réacheminement à une date ultérieure à votre convenance, sous réserve de places disponibles.
3. Conservez tous les justificatifs de prise en charge
Si la compagnie ne fournit pas spontanément repas et hébergement, réglez vous-même et conservez les factures (raisonnables : pas de palace 5 étoiles). Vous serez remboursé sur présentation des justificatifs.
4. Constituez votre dossier dans les jours qui suivent
- Billet électronique et carte d’embarquement ;
- Attestation d’annulation de la compagnie ;
- Captures d’écran des notifications de la compagnie ;
- Justificatifs de frais engagés (taxi, repas, hôtel) ;
- Tout échange écrit avec le service client.
5. Réclamez par écrit auprès de la compagnie
Adressez une réclamation formelle via le formulaire en ligne de la compagnie ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Précisez :
- Vos coordonnées et numéro de réservation ;
- La référence du vol et la date ;
- Le détail des frais engagés ;
- Le montant réclamé (remboursement + frais + éventuelle indemnité 261/2004) ;
- Un délai de réponse (généralement 8 semaines maximum).
6. Saisissez le médiateur du tourisme et du voyage
Si la compagnie refuse ou ne répond pas dans les 60 jours, saisissez gratuitement le Médiateur Tourisme et Voyage (mtv.travel). La saisine doit intervenir dans l’année suivant la réclamation initiale.
7. Portez l’affaire devant la justice
En dernier recours, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire du lieu où la compagnie a son siège ou de votre domicile (juridiction de proximité jusqu’à 5 000 €). Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date du vol.
Cas particulier : forfait touristique vol + hôtel
Si votre vol fait partie d’un forfait touristique (vol + hôtel, vol + circuit), c’est la directive européenne (UE) 2015/2302 qui s’applique. Vous bénéficiez de droits renforcés :
- Solution alternative équivalente proposée gratuitement par l’organisateur (autre vol, autre date, départ proche).
- Remboursement total du forfait sans pénalité, avec rapatriement si vous êtes déjà sur place.
- Indemnisation du préjudice subi (sauf si l’événement est jugé inévitable et extraordinaire).
Le tour-opérateur doit aussi veiller à votre retour en cas de circonstances extraordinaires survenues pendant le séjour.
Assurance voyage : que couvre-t-elle ?
Une assurance voyage standard ne couvre généralement pas les annulations dues à une pénurie de carburant ou à un événement géopolitique, considérés comme « exclusions de garantie ». En revanche :
- Une assurance annulation toutes causes (souvent incluse dans les cartes bancaires premium) peut couvrir les frais non remboursés.
- Une assurance retard et bagages indemnise les nuits d’hôtel et repas si la compagnie refuse la prise en charge.
- Vérifiez la couverture vol manqué sur votre carte bancaire (Visa Premier, Mastercard Gold) : elle peut prendre le relais.
Astuces pour limiter l’impact d’une annulation
- Anticipez votre arrivée à l’aéroport et téléchargez l’application de la compagnie pour recevoir les alertes en temps réel.
- Imprimez votre billet et l’attestation 261/2004 (disponible sur les sites des associations de consommateurs) avant de partir.
- Gardez sur vous une carte bancaire avec plafond élevé pour avancer d’éventuels frais d’hébergement.
- Privilégiez les vols directs et les compagnies majeures, plus à même de réacheminer rapidement en cas d’incident.
- Souscrivez une assurance multirisque voyage si vous partez en groupe ou avec des correspondances multiples.
Recours et accompagnements à connaître
- Direction générale de l’aviation civile (DGAC) — autorité française de régulation, formulaire de plainte en ligne.
- UFC-Que Choisir — accompagnement et modèles de courrier de réclamation.
- Médiateur Tourisme et Voyage — médiation gratuite et indépendante.
- Sociétés de réclamation type AirHelp ou ClaimCompass — utiles pour gagner du temps, mais elles prélèvent 25 à 35 % de l’indemnité obtenue.
Liens utiles sur Citopendia
- Comment mesure-t-on les émissions de CO2 dans l’aviation — comprendre l’impact écologique du transport aérien.
- Les avantages de la blockchain pour l’aviation — innovations dans le secteur.
- Les pays membres de l’espace Schengen — pratique pour vos voyages.
FAQ : vol annulé et pénurie de kérosène
Mon vol est annulé pour pénurie de kérosène : ai-je droit aux 600 € ?
En principe, non. La pénurie liée à une crise géopolitique imprévisible est qualifiée de circonstance extraordinaire, ce qui exonère la compagnie de l’indemnité forfaitaire. Vous conservez en revanche le droit au remboursement intégral ou au réacheminement, ainsi qu’à la prise en charge (repas, hôtel) durant l’attente.
Que faire si la compagnie refuse de me reloger pendant la nuit d’attente ?
Réservez vous-même un hôtel à un tarif raisonnable à proximité de l’aéroport, conservez la facture, et réclamez le remboursement par lettre recommandée. En cas de refus persistant, saisissez la DGAC ou le médiateur.
Combien de temps ai-je pour réclamer une indemnité 261/2004 ?
Le délai de prescription en France est de 5 ans à compter de la date du vol. Mieux vaut toutefois agir dans les premières semaines, lorsque les preuves sont fraîches et le service client réceptif.
Puis-je refuser le bon d’achat proposé par la compagnie ?
Oui. La compagnie ne peut pas vous imposer un avoir ou un voucher. Vous avez toujours le droit d’exiger un remboursement en numéraire sous 7 jours par le moyen de paiement initial.
L’agence de voyage en ligne est-elle responsable ?
Pour un billet sec, la responsabilité repose sur la compagnie aérienne, pas sur l’agence. Pour un forfait touristique, c’est l’organisateur (souvent l’agence) qui est responsable au titre de la directive 2015/2302.
Que se passe-t-il si mon vol est seulement retardé de 2h45 ?
L’indemnisation 261/2004 ne s’enclenche qu’à partir de 3 heures de retard à l’arrivée. En dessous, vous conservez seulement le droit à la prise en charge (rafraîchissements à partir de 2h, repas à partir de 4h, hôtel si la nuit s’étire).
Faut-il passer par AirHelp ou réclamer soi-même ?
Réclamer soi-même est gratuit et plutôt simple grâce aux modèles fournis par l’UFC-Que Choisir. Les plateformes type AirHelp se rémunèrent en prélevant 25 à 35 % de l’indemnité — utile uniquement si vous manquez de temps ou si la compagnie ne répond pas.







