La station spatiale internationale entre dans l’une des périodes les plus décisives de son histoire. En 2026, l’ISS continue d’accueillir un équipage permanent, enchaîne les missions Crew Dragon et Soyouz, mais sa fin approche : la NASA et ses partenaires ont confirmé une mise hors service programmée pour 2030, suivie d’une désorbitation contrôlée. En parallèle, une nouvelle génération de stations privées se prépare à prendre le relais, tandis que la Chine exploite déjà sa propre plateforme orbitale, Tiangong. Pour les curieux, l’ISS reste aussi l’objet artificiel le plus spectaculaire à observer à l’œil nu depuis le ciel français, à condition de savoir quand lever la tête.
Qu’est-ce que la station spatiale internationale ?
L’ISS est un laboratoire orbital habité en permanence, qui tourne autour de la Terre à environ 400 kilomètres d’altitude. Elle boucle une orbite complète en 90 minutes, à la vitesse de 28 000 km/h, soit seize levers et couchers de soleil par jour pour l’équipage. Résultat d’un partenariat entre cinq agences spatiales (NASA pour les États-Unis, Roscosmos pour la Russie, l’ESA pour l’Europe, la JAXA pour le Japon et l’ASC pour le Canada), elle combine des modules américains, russes, européens (Columbus) et japonais (Kibo).
Sa masse dépasse 420 tonnes et sa longueur, panneaux solaires compris, atteint environ 109 mètres, soit la taille d’un terrain de football. Elle sert avant tout de laboratoire scientifique en microgravité, où sont menées des expériences impossibles à reproduire au sol : physiologie humaine, biologie végétale, physique des fluides, sciences des matériaux, observation de la Terre et astrophysique.
Une brève histoire de l’ISS
Le premier module, Zarya, a été lancé en novembre 1998 par une fusée russe Proton. Le module américain Unity l’a rejoint quelques semaines plus tard, ouvrant un assemblage orbital qui a duré plus d’une décennie. Depuis novembre 2000, la station est occupée sans interruption : l’équipage Expedition 1 y est arrivé le 2 novembre 2000, inaugurant une présence humaine continue dans l’espace qui dure désormais depuis plus de 25 ans.
Au fil des ans, l’ISS a accueilli plus de 270 astronautes venus de plus de 20 pays différents, et servi de plateforme à plus de 3 000 expériences scientifiques. Elle a survécu à des transitions majeures : fin du programme Navette spatiale américaine en 2011, arrivée des capsules commerciales Crew Dragon (SpaceX) dès 2020, puis Starliner (Boeing). Chaque mission dure en moyenne six mois, parfois davantage.
Sortie d’orbite programmée en 2030
La décision est prise depuis 2024 : les États-Unis, le Japon, le Canada et les pays européens participants se sont engagés à exploiter la station jusqu’à la fin 2030. La Russie, de son côté, a confirmé sa participation au moins jusqu’à cette même date. Après, la structure devra être désorbitée de manière contrôlée pour éviter toute retombée incontrôlée de débris sur des zones habitées.
La NASA a attribué à SpaceX un contrat de 843 millions de dollars pour concevoir le véhicule de désorbitation, baptisé US Deorbit Vehicle (USDV). Il s’agit d’une version considérablement renforcée de la capsule Dragon, équipée d’un module de service surdimensionné portant environ 16 tonnes d’ergols et 46 moteurs Draco, dont 30 dans un module agrandi. La poussée sera jusqu’à quatre fois supérieure à celle d’un Dragon standard.
Le scénario prévoit une dégradation naturelle de l’altitude pendant plusieurs années, avec des corrections périodiques assurées par l’USDV. Lors de la dernière semaine de vie de la station, une série de manœuvres précises la placera sur une trajectoire de rentrée atmosphérique contrôlée. L’amerrissage final des débris est prévu dans la zone inhabitée du Pacifique Sud, autour du mythique Point Nemo, le point océanique le plus éloigné de toute terre émergée. L’objectif opérationnel est une fin de mission fin 2030 avec un splashdown début 2031.
Dernières missions 2026 : SpaceX et Roscosmos
L’année 2026 a commencé par un rebondissement. L’équipage Crew-11 — composé de Zena Cardman et Mike Fincke (NASA), Kimiya Yui (JAXA) et Oleg Platonov (Roscosmos) — est rentré sur Terre le 15 janvier 2026, après un retour anticipé décidé par la NASA à la suite d’un problème médical affectant un membre d’équipage. Cette rotation plus courte que prévu a bousculé le planning des relèves.
Le 15 février 2026, Crew-12 est arrivé à bord. La mission transporte quatre astronautes : la Française Sophie Adenot (ESA), les Américains Jessica Meir et Jack Hathaway, et le Russe Andreï Fediaïev (Roscosmos). Le lancement a été assuré par un Falcon 9 depuis le Kennedy Space Center, avec une capsule Crew Dragon. Ces quatre astronautes ont rejoint trois membres déjà présents à bord : Chris Williams (NASA), Sergey Kud-Sverchkov et Sergei Mikaev (Roscosmos), arrivés par Soyouz.
L’ISS compte donc actuellement sept occupants. La mission de l’équipage Crew-12 doit durer environ huit à neuf mois, avec plus de 200 expériences scientifiques prévues, parmi lesquelles EchoFinder, un dispositif d’échographie autonome conçu avec l’appui du Centre national d’études spatiales (CNES).
L’équipage actuel de la station
Les sept astronautes à bord en 2026 reflètent la coopération internationale de la station. Jessica Meir, vétérane américaine, effectue son deuxième séjour longue durée. Jack Hathaway, pilote d’essai de l’US Navy, vit sa première mission. Sophie Adenot, pilote d’essai française sélectionnée en 2022, joue un rôle de spécialiste de mission et sera la deuxième Française à vivre sur la station après Claudie Haigneré.
Côté russe, Andreï Fediaïev retrouve l’orbite après une précédente expérience. Chris Williams supervise les opérations américaines, tandis que les cosmonautes Sergey Kud-Sverchkov et Sergei Mikaev gèrent le segment russe et les sorties extravéhiculaires russes. L’équipage travaille en trois décalages horaires UTC pour couvrir les contacts avec les centres de contrôle de Houston, Moscou, Cologne, Tsukuba et Saint-Hubert.
Les successeurs privés : Axiom Station, Starlab et Haven-1
Pour éviter un trou orbital après 2030, la NASA finance depuis plusieurs années le programme Commercial LEO Destinations. Trois projets se détachent. Axiom Space développe Axiom Station : les premiers modules commerciaux doivent s’amarrer à l’ISS à partir de 2027, avant de se détacher pour former une station indépendante vers la fin de la décennie.
Starlab, porté par Voyager Space et Airbus, mise sur une station plus compacte, conçue dès le départ comme une plateforme autonome pour la recherche gouvernementale et commerciale. Le lancement est visé à l’horizon 2028-2029, dans un seul déploiement via Starship. De son côté, Vast Space accélère avec Haven-1, un petit module pressurisé qui sera la première station privée en orbite, suivi par Haven-2, plus grand. Chaque projet représente un pari industriel : prendre le relais d’un laboratoire orbital public par des infrastructures privées louées à la NASA et à d’autres agences.
Le Gateway lunaire, relais au-delà de l’orbite basse
En parallèle, la NASA construit le Gateway, une mini-station qui orbitera autour de la Lune dans le cadre du programme Artemis. Bien plus petite que l’ISS (environ 40 tonnes), elle servira de relais pour les missions lunaires et, à terme, martiennes. L’ESA contribue avec les modules I-HAB et ESPRIT. Le premier assemblage, avec les modules PPE et HALO, est prévu à partir de 2028.
Le Gateway n’est pas un successeur direct de l’ISS : il ne sera habité que par intermittence, quelques semaines par an, pendant les missions d’équipage. Il symbolise toutefois le basculement vers une exploration au-delà de l’orbite basse.
Tiangong, la station chinoise en pleine expansion
Depuis 2021, la Chine exploite sa propre station, Tiangong, dont la construction s’est achevée en 2022. Plus petite que l’ISS (environ 100 tonnes), elle accueille un équipage permanent de trois taïkonautes, avec des rotations régulières. En 2026, la Chine poursuit l’extension de la station avec un nouveau module et prépare l’accueil d’astronautes étrangers, notamment pakistanais.
Tiangong devient ainsi la station habitée la plus active après l’ISS, et sera la seule plateforme orbitale habitée en permanence après 2030, si les relais privés américains n’arrivent pas à temps. Pour les agences spatiales occidentales, cette perspective est un argument supplémentaire pour accélérer les successeurs commerciaux.
Observer l’ISS depuis la France
Bonne nouvelle : depuis la métropole, on peut voir l’ISS à l’œil nu sans aucun instrument, à condition de choisir le bon moment. Elle apparaît comme un point lumineux très brillant, plus vif que Vénus, qui traverse le ciel en trois à six minutes sans clignoter (contrairement aux avions) et sans changer de couleur.
Les meilleures fenêtres d’observation se situent environ 1 à 2 heures après le coucher du soleil ou 1 à 2 heures avant le lever. Dans ces créneaux, le ciel au sol est sombre mais la station, encore éclairée par le soleil 400 km plus haut, devient visible. Un passage peut durer jusqu’à six minutes selon la trajectoire au-dessus de votre position.
SpotTheStation et applications recommandées
L’outil officiel de la NASA est Spot the Station, disponible sur le site spotthestation.nasa.gov et sous forme d’application iOS et Android. Il suffit d’indiquer son pays et la ville la plus proche pour obtenir la liste des passages visibles, avec heure exacte, durée, angle d’apparition et direction. L’application propose aussi une vue 3D en temps réel de la station et un mode réalité augmentée avec compas intégré.
Côté européen, l’ESA propose l’application WIS « Où se trouve le satellite ? », disponible gratuitement sur iOS. Elle affiche la position en direct de l’ISS et d’autres satellites. Les amateurs français utilisent aussi ISS Detector (Android), Heavens-Above (web et application) pour des prévisions précises, et le site de la Cité de l’espace de Toulouse qui publie régulièrement les passages visibles au-dessus du territoire français.
Thomas Pesquet et les astronautes français de l’ESA
Si Thomas Pesquet reste l’astronaute français le plus connu, sa trajectoire en 2026 concerne moins l’ISS que la Lune. Après ses deux missions — Proxima en 2016-2017, puis Alpha en 2021 où il est devenu le premier Français commandant de l’ISS — il est désormais en lice pour Artemis IV, la mission américaine visée à l’horizon 2028 qui doit ramener un équipage à la surface lunaire.
L’ESA dispose de trois sièges sur le programme Artemis. Un Allemand devrait partir en premier, suivi d’un Français et d’un Italien. Thomas Pesquet fait partie des candidats crédibles, aux côtés de la promotion 2022 de l’ESA qui comprend notamment Sophie Adenot (actuellement sur l’ISS) et Raphaël Liégeois (Belgique), dont le vol vers l’ISS est également prévu dans le cadre d’une future rotation. La France reste donc présente en orbite tant que l’ISS vole, puis prendra position pour le retour sur la Lune.
Foire aux questions
À quelle altitude vole l’ISS ?
La station spatiale internationale évolue entre 370 et 420 kilomètres d’altitude, avec des reboosts réguliers pour compenser la légère friction atmosphérique qui fait baisser son orbite d’environ 100 mètres par jour.
Quand l’ISS sera-t-elle détruite ?
La fin d’exploitation est programmée pour fin 2030. La désorbitation contrôlée par le véhicule USDV de SpaceX doit aboutir à un splashdown des débris dans le Pacifique Sud, autour de Point Nemo, probablement en janvier 2031.
Combien y a-t-il de personnes actuellement à bord ?
En 2026, après l’arrivée de Crew-12 le 15 février, sept astronautes vivent à bord, dont la Française Sophie Adenot. L’équipage habituel permanent est composé de six à sept personnes.
Peut-on voir la station spatiale internationale à l’œil nu ?
Oui, l’ISS est parfaitement visible sans instrument. Elle apparaît comme un point lumineux très brillant qui se déplace régulièrement, de l’ouest vers l’est, en trois à six minutes. Il faut choisir un passage listé comme « visible » sur Spot the Station, au crépuscule ou à l’aube.
Comment recevoir une alerte avant un passage visible ?
L’application Spot the Station de la NASA envoie des notifications automatiques avant chaque passage visible au-dessus de votre position. Il suffit de l’installer, d’autoriser la géolocalisation et les notifications, puis de choisir le type d’alerte (matin, soir, ou les deux).
Qu’est-ce qui remplacera l’ISS après 2030 ?
Plusieurs stations privées prendront la relève : Axiom Station (Axiom Space), Starlab (Voyager Space et Airbus) et Haven (Vast Space). Le programme Commercial LEO Destinations de la NASA finance ces successeurs. Parallèlement, la Chine continuera d’exploiter Tiangong, et le Gateway lunaire accueillera des équipages en orbite autour de la Lune dans le cadre d’Artemis.
Thomas Pesquet retournera-t-il sur l’ISS ?
Aucune nouvelle mission ISS n’est confirmée pour Thomas Pesquet en 2026. Son prochain vol potentiel concerne le programme Artemis, vers la Lune, à l’horizon 2028. Une troisième mission ISS n’est pas écartée mais n’est pas officiellement planifiée à ce jour.
