L’hantavirus est un virus transmis par les rongeurs qui peut provoquer des maladies graves chez l’être humain, allant de fièvres hémorragiques à des syndromes pulmonaires potentiellement mortels. En 2026, ce pathogène est revenu sous les feux de l’actualité après un épisode inquiétant à bord du navire d’expédition MV Hondius, faisant craindre une transmission interhumaine de la souche Andes. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce virus, ses symptômes, ses modes de transmission et les mesures de prévention.
Qu’est-ce que l’hantavirus ?
L’hantavirus est un genre de virus appartenant à la famille des Hantaviridae. Il existe plus de 38 souches connues dans le monde, chacune étant associée à un rongeur hôte spécifique. Ces virus circulent naturellement chez les rongeurs sauvages, qui les hébergent sans présenter de symptômes, et peuvent être transmis accidentellement à l’être humain par contact avec leurs déjections, leur urine ou leur salive.
On distingue deux grandes formes cliniques de l’infection à hantavirus chez l’humain :
- La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) : présente surtout en Europe et en Asie, causée notamment par les souches Puumala, Hantaan ou Seoul.
- Le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH) : principalement rencontré sur le continent américain, causé par les souches Sin Nombre et Andes, avec un taux de létalité pouvant atteindre 35 à 40 %.
En France métropolitaine, la souche la plus fréquente est le virus Puumala, transmis par le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), et responsable d’une forme modérée de FHSR. Entre janvier et mars 2026, le Centre National de Référence pour les hantavirus a enregistré 19 cas confirmés, un chiffre dans la moyenne mensuelle habituelle pour cette période.
La souche Andes : la seule à transmission interhumaine
Parmi les 38 souches connues, la souche Andes est la seule documentée comme pouvant se transmettre de personne à personne. Cette caractéristique, encore rare et peu comprise, est au cœur des préoccupations après l’épidémie survenue à bord du MV Hondius en mai 2026.
Ce navire d’expédition néerlandais de la compagnie Oceanwide Expeditions a quitté Ushuaia, en Argentine, le 1er avril 2026, pour une croisière en Antarctique et dans les îles isolées de l’Atlantique Sud. Le 11 avril, un premier passager est décédé à bord, suivi d’une deuxième victime en Afrique du Sud et d’une troisième à bord. Au total, on dénombrait 35 cas confirmés dans 14 pays et 3 décès au 8 mai 2026, lorsque le navire faisait route vers Tenerife.
L’OMS a confirmé la souche Andes le 6 mai 2026 après séquençage viral, et la propagation à bord du Hondius a été au moins partiellement attribuée à une transmission interhumaine, ce qui est extrêmement rare dans l’histoire de ce pathogène.
Comment l’hantavirus se transmet-il ?
Dans l’immense majorité des cas, la transmission de l’hantavirus à l’être humain se fait via les rongeurs infectés, de trois façons principales :
Inhalation d’aérosols contaminés
C’est le mode de transmission le plus fréquent. Lorsqu’une personne inhale des poussières contaminées par les déjections (urine, fèces) ou la salive d’un rongeur porteur du virus, elle risque d’être infectée. Cela se produit notamment lors du nettoyage de greniers, de caves, de cabanons ou d’espaces longtemps fermés où des rongeurs ont séjourné.
Contact direct
Le contact avec un rongeur infecté (vivant ou mort) ou avec des surfaces contaminées par ses déjections peut aussi conduire à une infection, notamment si la personne porte ensuite ses mains à sa bouche, son nez ou ses yeux sans se les être lavées.
Morsure
La morsure d’un rongeur porteur du virus peut transmettre l’hantavirus directement, mais ce cas reste relativement rare.
Transmission interhumaine (souche Andes uniquement)
La souche Andes, présente en Amérique du Sud, est la seule connue à pouvoir se transmettre d’une personne à une autre, par voie respiratoire, lors de contacts étroits et prolongés. Ce mode de transmission reste toutefois marginal et peu documenté en dehors d’Amérique du Sud.
À noter : L’hantavirus ne se transmet pas par voie alimentaire ni par l’eau du robinet.
Quels sont les symptômes de l’infection à hantavirus ?
La période d’incubation de l’hantavirus est l’une des plus longues parmi les maladies virales : elle varie généralement de 1 à 6 semaines, avec une moyenne d’environ 2 semaines. Cette durée rend le traçage des contacts particulièrement difficile.
Symptômes de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR)
La forme européenne de l’hantavirose suit classiquement quatre phases :
- Phase fébrile (3 à 7 jours) : fièvre soudaine supérieure à 38,5 °C, céphalées intenses, myalgies (douleurs musculaires), frissons, fatigue extrême, parfois nausées, douleurs abdominales et lombaires, rougeur du visage et du cou.
- Phase hypotensive (quelques heures à 2 jours) : chute de la pression artérielle, risque de choc.
- Phase oligurique (3 à 7 jours) : diminution de la production d’urine, risque d’insuffisance rénale aiguë.
- Phase polyurique et de convalescence : reprise progressive de la fonction rénale, mais une fatigue persistante peut durer plusieurs semaines à plusieurs mois.
Symptômes du syndrome cardiopulmonaire (SCPH)
Plus sévère, ce syndrome se manifeste d’abord comme une grippe sévère : fièvre, courbatures, céphalées, toux sèche. En quelques jours, les poumons se remplissent de liquide (œdème pulmonaire), entraînant une détresse respiratoire qui peut être fatale. Le taux de létalité du SCPH peut atteindre 35 à 40 %.
Diagnostic et traitement de l’hantavirose
Le diagnostic de l’infection à hantavirus repose sur des tests sérologiques (détection des anticorps IgM et IgG) ou sur la PCR (polymerase chain reaction) pour détecter l’ARN viral dans le sang.
Il n’existe actuellement aucun traitement antiviral spécifique ni aucun vaccin homologué en France ou en Europe contre l’hantavirus. La prise en charge est donc exclusivement symptomatique et de soutien :
- Hospitalisation en unité de soins intensifs pour les formes sévères
- Oxygénothérapie ou ventilation mécanique en cas de détresse respiratoire
- Dialyse rénale en cas d’insuffisance rénale aiguë
- Surveillance étroite des constantes vitales
Prévention : comment se protéger contre l’hantavirus ?
Comme il n’existe pas de vaccin, la prévention repose entièrement sur la réduction de l’exposition aux rongeurs et à leurs déjections. Voici les mesures recommandées par l’Institut Pasteur et Santé publique France :
Dans les lieux potentiellement infestés
- Aérez avant de nettoyer : ouvrez portes et fenêtres d’un local fermé pendant au moins 30 minutes avant d’y entrer pour réduire la concentration d’aérosols viraux.
- Portez des gants : des gants de ménage épais ou des gants jetables sont indispensables pour manipuler des déjections ou des cadavres de rongeurs.
- Portez un masque FFP2 : lors du nettoyage de zones très contaminées, un masque de protection respiratoire est recommandé.
- Ne balayez pas à sec : préférez humidifier les surfaces contaminées avec une solution désinfectante (eau de Javel diluée) avant de les nettoyer.
- Ne touchez pas les rongeurs à mains nues, vivants ou morts.
Pour limiter la présence de rongeurs
- Stockez les aliments dans des contenants hermétiques.
- Colmatez les fissures et ouvertures dans les murs, toitures et sols.
- Entretenez les abords de votre habitation (bois de chauffage éloigné des murs, hautes herbes fauchées).
- Éliminez les sources d’eau stagnante et de nourriture accessible aux rongeurs.
En milieu naturel
- Évitez de bivouaquer près de terriers de rongeurs ou dans des zones avec des signes de présence de rongeurs.
- Ne dormez pas directement sur le sol en forêt.
- Évitez de toucher les rongeurs sauvages, même en apparence sains.
Qui est le plus à risque ?
Certaines activités augmentent significativement le risque d’exposition à l’hantavirus :
- Les activités agricoles et forestières : agriculteurs, bûcherons, gardes forestiers, militaires en exercice en forêt.
- Les activités de loisirs en plein air : randonneurs, campeurs, chasseurs.
- Les travaux de bricolage : nettoyage de greniers, caves, cabanons, granges.
- Les voyageurs en zones endémiques : notamment en Amérique du Sud (souche Andes) ou en Asie.
En France, le quart nord-est du territoire est la zone la plus à risque, avec des pics saisonniers au printemps et en début d’été, période de pullulation des campagnols.
Hantavirus en France : situation épidémiologique 2026
La France métropolitaine est concernée principalement par la souche Puumala, qui provoque une forme modérée de FHSR. Les cas se concentrent dans les régions forestières du nord-est : Ardennes, Lorraine, Franche-Comté, Alsace, Bourgogne. Des foyers peuvent également apparaître dans d’autres régions lors d’années de forte pullulation de campagnols roussâtres.
Le Centre National de Référence (CNR) des hantavirus, rattaché à l’Institut Pasteur de Paris, assure la surveillance épidémiologique et le diagnostic de référence en France. Entre 2020 et 2024, on recensait en France entre 100 et 300 cas par an selon les années, avec des pics liés aux cycles naturels de reproduction des rongeurs.
FAQ — Questions fréquentes sur l’hantavirus
L’hantavirus peut-il se transmettre d’une personne à une autre ?
Dans la grande majorité des cas, non. La transmission interhumaine n’est documentée que pour la souche Andes, présente en Amérique du Sud. En France, le virus Puumala ne se transmet pas entre êtres humains.
Peut-on attraper l’hantavirus en mangeant de la nourriture contaminée ?
Non, l’hantavirus ne se transmet pas par voie alimentaire. La contamination se fait principalement par inhalation d’aérosols contaminés par les excréta de rongeurs.
Existe-t-il un vaccin contre l’hantavirus ?
Il n’existe pas de vaccin homologué en Europe ou en France contre l’hantavirus. Certains vaccins sont utilisés en Asie (notamment en Corée), mais ils ne sont pas disponibles en dehors de ces pays.
Comment savoir si on a été en contact avec un rongeur infecté ?
Si vous avez nettoyé un espace infesté de rongeurs ou manipulé des déjections sans protection, et que vous développez une fièvre avec des douleurs musculaires dans les semaines suivantes, consultez un médecin en lui mentionnant cette exposition.
Combien de temps le virus survit-il dans l’environnement ?
L’hantavirus peut survivre dans l’environnement pendant plusieurs jours à quelques semaines, selon les conditions de température et d’humidité. Il est sensible à la plupart des désinfectants courants, notamment l’eau de Javel diluée.
Le MV Hondius était-il un cas isolé ?
L’épisode du MV Hondius en 2026 est exceptionnel : c’est la première fois qu’un foyer d’hantavirose à souche Andes est identifié à bord d’un navire de croisière, avec une possible transmission interhumaine. Les autorités sanitaires internationales suivent cet événement avec une grande attention.
Que faire si je trouve un rongeur mort chez moi ?
Ne le touchez pas à mains nues. Portez des gants jetables, humidifiez le cadavre avec de l’eau de Javel diluée, enveloppez-le dans plusieurs sacs plastiques et déposez-le dans la poubelle. Lavez-vous ensuite soigneusement les mains.











