Ochratoxine A dans le café 2026 : risques, marques et comment se protéger

Sophie Eldridge

Vous lirez cet article en environ 8 minutes
Dernière mise à jour : 1 mai 2026

Une récente alerte sanitaire publiée le 30 avril 2026 a remis l’ochratoxine A au cœur de l’actualité : un lot de café éthiopien moulu vendu chez Monoprix a été retiré du marché après détection de cette mycotoxine au-delà des seuils autorisés. Plus largement, plusieurs enquêtes récentes de 60 Millions de consommateurs et Que Choisir, soutenues par l’ANSES, ont relevé la présence d’ochratoxine A dans une partie significative des cafés torréfiés et des capsules vendus en grande surface, parfois jusqu’à six fois la limite européenne. De quoi inquiéter les 85 % de Français qui boivent du café au quotidien.

Cet article fait le point sur ce qu’est réellement l’ochratoxine A, comment elle se retrouve dans votre tasse, quelles marques sont régulièrement épinglées, ce que disent les autorités sanitaires européennes et françaises, et surtout comment limiter votre exposition au quotidien sans renoncer à votre rituel matinal.

Qu’est-ce que l’ochratoxine A exactement ?

L’ochratoxine A, souvent abrégée en OTA, est une mycotoxine, c’est-à-dire une substance toxique produite naturellement par certains champignons microscopiques. Les principaux responsables sont des moisissures appartenant aux genres Aspergillus (notamment Aspergillus ochraceus et Aspergillus carbonarius) et Penicillium (en particulier Penicillium verrucosum).

Ces moisissures se développent dans des conditions de chaleur et d’humidité élevées, conditions que l’on rencontre fréquemment dans les zones de production de café (Amérique du Sud, Afrique de l’Est, Asie du Sud-Est). L’ochratoxine A n’est donc pas un additif ni un pesticide ajouté volontairement : c’est une contamination naturelle qui peut survenir à plusieurs étapes de la chaîne, du séchage à l’entrepôt en passant par le transport maritime.

L’OTA est une molécule particulièrement stable à la chaleur. C’est une caractéristique inquiétante : la torréfaction du café (entre 200 °C et 230 °C) ne détruit qu’une partie de la toxine, mais pas la totalité. Une partie significative survit donc jusqu’à votre tasse.

Pourquoi l’ochratoxine A se retrouve-t-elle dans le café ?

Le café est, après les céréales et le vin, l’une des principales sources d’exposition à l’OTA dans l’alimentation européenne. Plusieurs facteurs expliquent cette contamination récurrente.

Le séchage des grains verts

Après la récolte, les cerises de café doivent être séchées rapidement pour faire descendre leur taux d’humidité sous les 12 %. Si le séchage est trop lent, mal géré ou réalisé en saison des pluies, les moisissures s’installent et produisent de l’OTA. Les méthodes industrielles à grande échelle, en particulier dans les pays à climat humide, sont les plus à risque.

Le stockage et le transport

Le café vert voyage souvent plusieurs semaines en conteneur maritime avant d’arriver en Europe. Une simple variation de température entre le jour et la nuit peut générer de la condensation à l’intérieur du conteneur et créer un microclimat humide propice au développement fongique. Les sacs de jute mal aérés sont particulièrement concernés.

Le café décaféiné, un cas particulier

Plusieurs études ont relevé des taux d’OTA plus élevés dans certains cafés décaféinés. Le procédé de décaféination peut, selon la méthode utilisée, fragiliser la barrière naturelle du grain et favoriser la prolifération de moisissures si la chaîne du froid n’est pas parfaitement maîtrisée.

Les marques épinglées par les tests récents

Plusieurs enquêtes menées en 2024-2026 par 60 Millions de consommateurs et d’autres laboratoires indépendants ont révélé des taux préoccupants d’ochratoxine A dans des cafés très populaires en France. Voici les principales marques concernées, sur la base des publications accessibles :

  • L’Or Décaféiné (capsules) : des analyses ont mesuré jusqu’à 32,4 µg/kg d’ochratoxine A, soit plus de six fois la limite européenne de 5 µg/kg pour le café moulu. C’est l’un des résultats les plus élevés relevés.
  • Carte Noire : la marque, propriété du groupe italien Lavazza, a été pointée pour des taux préoccupants de HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) en plus d’une présence d’OTA dans certaines références.
  • Lavazza : la célèbre marque italienne a affiché des valeurs d’acrylamide proches de 345 µg/kg, soit environ 86 % de la limite européenne, avec également des traces d’OTA.
  • Café Grand-Mère : plusieurs références de la gamme ont été épinglées pour la présence simultanée de pesticides et de mycotoxines.
  • Monoprix Café Éthiopien moulu (lot retiré le 30 avril 2026) : un lot précis a fait l’objet d’un rappel national pour dépassement du seuil OTA. La procédure de remboursement reste valable jusqu’au 30 juin 2026.

Cette liste n’est pas exhaustive et ne signifie pas que toutes les références de ces marques sont contaminées. Les résultats varient d’un lot à l’autre, d’une origine à l’autre, et les industriels effectuent généralement des contrôles réguliers. Il s’agit d’un instantané basé sur des tests publics ponctuels.

Les marques qui s’en sortent mieux

Plusieurs cafés issus de l’agriculture biologique ou de circuits courts ont obtenu de meilleurs résultats. Globalement, les filières bio et équitables tendent à présenter des taux d’OTA plus faibles, pour deux raisons principales : un meilleur contrôle du séchage à la ferme et un transport plus rapide vers de petits torréfacteurs européens. Des marques comme Café Michel, Lobodis, Méo bio ou les torréfactions artisanales locales sont régulièrement citées parmi les options les plus sûres dans les comparatifs récents.

Les risques pour la santé

L’ochratoxine A n’est pas anodine. Plusieurs effets ont été démontrés sur l’animal et sont fortement suspectés chez l’humain en cas d’exposition chronique.

Toxicité rénale

L’OTA est considérée comme néphrotoxique chez toutes les espèces animales testées. Elle s’accumule dans les reins, où elle peut provoquer des lésions tubulaires. Plusieurs études épidémiologiques en Europe de l’Est et dans les Balkans ont établi un lien entre l’exposition à l’OTA et la « néphropathie endémique des Balkans », une maladie rénale chronique grave.

Cancérogénicité

L’IARC (Centre international de recherche sur le cancer) a classé l’ochratoxine A en groupe 2B : « possiblement cancérogène pour l’homme ». L’EFSA a renforcé cette inquiétude en 2020 en concluant que l’OTA pourrait avoir des effets génotoxiques, c’est-à-dire endommager directement l’ADN, notamment au niveau des reins.

Autres effets

La littérature scientifique évoque également des effets neurotoxiques, immunotoxiques et tératogènes (pouvant affecter le développement du fœtus) en cas d’exposition prolongée à des doses élevées. Ces effets restent à confirmer chez l’humain mais justifient le principe de précaution.

Limites légales européennes en vigueur en 2026

Le règlement (UE) 2023/915, en vigueur depuis le 25 mai 2023, fixe les teneurs maximales en contaminants dans les denrées alimentaires. Pour le café, les seuils ont été renforcés par rapport à la réglementation antérieure :

  • Café torréfié en grains et café moulu : 3,0 µg/kg (auparavant 5,0 µg/kg)
  • Café soluble (instantané) : 5,0 µg/kg (auparavant 10,0 µg/kg)
  • Grains de café verts : 10,0 µg/kg (cible : transformateurs)

Tout dépassement de ces seuils oblige le distributeur à retirer le produit du marché, comme cela a été le cas pour le café éthiopien Monoprix fin avril 2026. Les contrôles sont réalisés par la DGCCRF en France, en lien avec les autorités douanières.

La dose hebdomadaire tolérable (TWI)

L’EFSA a établi une dose hebdomadaire tolérable (Tolerable Weekly Intake) de 120 ng/kg de poids corporel pour l’ochratoxine A, sur la base des effets rénaux observés chez le rat et le porc. Concrètement, pour un adulte de 70 kg, cela représente environ 8,4 µg par semaine, tous aliments confondus.

Bonne nouvelle : selon les estimations de l’EFSA, l’exposition moyenne des consommateurs européens se situe entre 15 et 20 ng/kg par semaine, et entre 40 et 60 ng/kg pour les gros consommateurs, donc en dessous du seuil de 120 ng/kg. Mais ces moyennes masquent des situations individuelles plus à risque, notamment chez les personnes qui consomment beaucoup de café, du vin et des céréales contaminées.

Comment se protéger au quotidien

Réduire son exposition à l’ochratoxine A ne demande pas de renoncer au café. Quelques gestes simples permettent de limiter les risques :

1. Privilégier le café bio et l’origine traçable

Les cafés certifiés AB, Rainforest Alliance ou commerce équitable sont en moyenne moins contaminés, car la chaîne logistique est plus courte et le séchage mieux contrôlé. Vérifiez l’origine indiquée sur le paquet : un café mono-origine est généralement plus traçable qu’un assemblage industriel.

2. Limiter sa consommation à 3-4 tasses par jour

L’ANSES rappelle que la consommation moyenne raisonnable se situe autour de 3 tasses par jour pour un adulte en bonne santé. Réduire le nombre de tasses diminue mécaniquement l’exposition à l’OTA mais aussi à la caféine, à l’acrylamide et aux HAP.

3. Stocker correctement son café

À la maison, conservez votre café dans un récipient hermétique, à l’abri de l’humidité et de la chaleur. Ne le gardez pas ouvert plusieurs mois : achetez de petites quantités plus fréquemment plutôt qu’un grand paquet qui restera entamé longtemps.

4. Préférer le café fraîchement torréfié

Les torréfacteurs locaux travaillent avec des lots plus petits, vérifiables, et écoulent rapidement leur stock. La probabilité de contamination prolongée y est plus faible que pour un café industriel stocké pendant des mois.

5. Varier les plaisirs

L’ochratoxine A se retrouve aussi dans le vin rouge, les céréales, le cacao, les fruits secs et la bière. Une alimentation variée évite l’accumulation par une seule source.

6. Filtrer son café

Le café filtre laisse une partie des particules dans le filtre en papier, ce qui peut légèrement réduire la quantité de mycotoxines présentes dans la tasse, contrairement aux méthodes par immersion (cafetière à piston, cafetière italienne).

Recommandations spécifiques de l’ANSES

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) rappelle plusieurs principes dans ses publications récentes :

  • Maintenir une vigilance particulière chez les femmes enceintes : l’OTA traverse la barrière placentaire. Il est recommandé de limiter sa consommation de café à deux tasses par jour pendant la grossesse, idéalement issu de l’agriculture biologique.
  • Faire preuve de prudence chez les jeunes enfants : leur poids corporel étant faible, le seuil hebdomadaire est rapidement atteint. L’ANSES déconseille la consommation régulière de café avant 16 ans.
  • Surveillance accrue chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique : leur capacité d’élimination étant réduite, l’accumulation est plus rapide.
  • Encourager la filière à améliorer le séchage à l’origine et à investir dans les technologies de tri optique des grains contaminés.

L’agence rappelle que le café reste, dans le cadre d’une consommation modérée, une boisson aux effets bénéfiques documentés (antioxydants, polyphénols, prévention de certaines maladies neurodégénératives). Le risque OTA ne justifie pas l’arrêt de la consommation, mais bien une vigilance sur la qualité.

Comparaison avec d’autres risques alimentaires

Pour relativiser, l’ochratoxine A n’est ni le seul ni le principal risque lié à la consommation de café. Trois contaminants méritent l’attention :

  • L’acrylamide, qui se forme lors de la torréfaction (réaction de Maillard) et qui est lui aussi classé 2A par l’IARC (probablement cancérogène).
  • Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), formés lors de la torréfaction à haute température.
  • Les pesticides résiduels, surtout dans les cafés non bio issus de pays à réglementation phytosanitaire moins stricte.

Choisir un café bio aide à réduire simultanément les pesticides et, indirectement, l’OTA via une meilleure logistique. C’est probablement le choix le plus efficace pour le consommateur soucieux de sa santé.

FAQ — Vos questions sur l’ochratoxine A et le café

L’ochratoxine A est-elle dangereuse à long terme ?

Oui, en cas d’exposition chronique à des doses élevées, l’OTA peut provoquer des lésions rénales et est classée « possiblement cancérogène » (groupe 2B) par l’IARC. Aux doses retrouvées habituellement dans le café conforme à la réglementation, le risque reste faible pour un adulte en bonne santé.

Quelles marques de café sont les plus sûres ?

Globalement, les cafés bio, mono-origine et issus de petits torréfacteurs européens présentent les meilleurs résultats. Des marques comme Café Michel, Lobodis, Méo bio ou les torréfactions artisanales locales sont souvent citées parmi les options les plus fiables. Vérifiez toujours l’origine et la date de torréfaction.

Le café bio est-il vraiment préférable ?

Oui, pour deux raisons : il garantit l’absence de pesticides de synthèse et la chaîne logistique est généralement plus courte, ce qui réduit les risques de contamination par moisissures pendant le transport. Les tests indépendants confirment des taux moyens d’OTA plus faibles dans le bio.

Quelle quantité de café maximale par jour ?

Pour un adulte en bonne santé, 3 à 4 tasses par jour restent dans la zone sécuritaire. Pour les femmes enceintes, 2 tasses maximum, idéalement bio. Pour les personnes souffrant de problèmes rénaux, demandez conseil à votre médecin.

La torréfaction détruit-elle l’ochratoxine A ?

Partiellement seulement. La torréfaction réduit la teneur en OTA d’environ 30 à 80 % selon l’intensité, mais ne l’élimine jamais totalement. La toxine est très stable à la chaleur.

Les capsules sont-elles plus contaminées que le café moulu ?

Pas systématiquement, mais certaines capsules — notamment les versions décaféinées de marques industrielles — ont affiché des taux particulièrement élevés dans les tests récents. L’aluminium des capsules ne joue aucun rôle dans la contamination par OTA, qui se fait en amont, dans le grain lui-même.

Comment savoir si mon café est contaminé ?

Vous ne pouvez pas le détecter à l’œil ni au goût. Référez-vous aux rappels officiels publiés sur rappel.conso.gouv.fr, suivez les comparatifs de 60 Millions de consommateurs et de Que Choisir, et privilégiez les marques transparentes sur leur origine et leurs contrôles qualité.

Avertissement : cet article est à but informatif et ne constitue pas un avis médical. En cas de doute sur votre consommation de café ou si vous présentez des symptômes (fatigue, troubles rénaux, etc.), consultez votre médecin traitant. Les informations sur les marques reposent sur des tests publics ponctuels et ne reflètent pas nécessairement la qualité actuelle de tous les lots commercialisés.

CP
Rédaction Citopendia.frNotre rédaction publie des articles informatifs sur divers sujets.